Une apprentie à la maintenance dans les hangars de SWISS à Zurich. Une future mécanicienne sur poids lourds à Genève Aéroport. Ou encore la première femme sapeur-pompier qu’ait jamais compté le SSLIA. Ces exemples de femmes à des postes où on attend habituellement un homme sont rarissimes. Mais cela pourrait changer. Tour d’horizon des pratiques actuelles.

« De nombreuses entreprises s’efforcent d’attirer les femmes vers les carrières de l’aviation civile, de promouvoir la diversité, de lutter contre le harcèlement et de le prévenir», note le rapport 2023 « Women&Aviation : decent work perspectives » de l’Organisation internationale du Travail (OIT). C’est le cas d’easyJet qui a lancé en août dernier « Summer Flight school for kids », un programme consistant à offrir une journée d’immersion, dont un vol en simulateur, à des enfants de 7 à 12 ans. But avoué : « Casser les stéréotypes qui commencent à l’école primaire ». Et de préciser : « environ 37% des enfants pensent que le métier de pilote est exclusivement réservé aux hommes ».

Ce n’est de loin pas la première initiative en la matière de la compagnie au logo orange. Depuis 2018, elle a initié plusieurs campagnes à travers l’Europe pour promouvoir la diversité de genres dans les cockpits. Au printemps dernier, le jour de la fête des mamans, les fillettes de ses employées ont été invitées à suivre leur mère durant leur journée de travail. L’objectif ? « Inspirer la prochaine génération de pilotes, d’ingénieurs et de scientifiques ». La compagnie aérienne multiplie les initiatives. Ainsi, il y a 5 ans, sa campagne de recrutement de pilotes a pris à rebrousse-poil le stéréotype habituel. L’équipage cabine était entièrement masculin et celui du cockpit, féminin. Avec une subtilité : tous les acteurs étaient des enfants.

Chez SWISS aussi, des efforts conséquents sont faits depuis plusieurs années. Sur l’ensemble de la compagnie, 48% des employés sont des femmes. Mais dans le détail, on retrouve les disparités habituelles : 74% du personnel de cabine sont des femmes, contre 5% pour le cockpit. Doriane Cavalli, porte-parole, explique : « SWISS propose un pool de talents internes pour promouvoir les talents déjà sur place et leur proposer des carrières intéressantes, notamment pour atteindre les postes de cadres ».

Diversité au sens large

Comme chez easyjJet, SWISS ne s’occupe pas seulement de réduire les écarts en termes de diversité de genre mais aussi de diversité au sens large dont l’âge. Ainsi, les deux compagnies aériennes présentes à Genève Aéroport tendent à suivre les préconisations émises par l’Organisation internationale du Travail dans son rapport 2023 déjà cité : « Les gouvernements peuvent jouer un rôle fondamental non pas uniquement en comblant l’écart de rémunération entre les sexes mais aussi en remédiant à la ségrégation professionnelle des femmes au sein du secteur. Pour ce faire, des mesures doivent être adoptées avant et pendant l’éducation et la formation pour améliorer l’accès des femmes au secteur ».

Le leader de la navigation aérienne en Suisse, Skyguide, l’a aussi bien intégré : la promotion de la diversité et de l’inclusion fait pleinement partie de sa stratégie d’entreprise. Aussi, la compagnie a signé la Charte IATA « 25 by 2025 » dans laquelle elle s’engage, entre autres, à passer de 23,5% actuellement de femmes employées à 25% de femmes d’ici 2025. S’il y a 469 contrôleurs aériens hommes contre 106 femmes, il n’en reste pas moins que le Conseil d’administration est quasi à parité (3 des 7 membres sont des femmes) et que Skyguide a reçu le certificat SGS (Fair-ON-Pay +) qui atteste de son engagement de longue date en faveur d’un système salarial équitable.

Femmes aviation redimensionnéeB

Car on ne saurait s’intéresser au genre des différents métiers de l’aviation sans mentionner la situation salariale. Selon la dernière enquête suisse sur la structure des salaires, l’écart salarial entre hommes et femmes reste de 10,6% dans le transport et l’entreposage, soit environ 700 CHF. Sur cette différence salariale, près de 85% sont inexpliqués. Là aussi, la volonté des décideurs pourrait aider à réduire les écarts : le 15 mars 2022, au sortir de la pandémie, l’Organisation de l’aviation civile internationale et l’Organisation internationale du Travail ont signé un accord pour faire progresser le travail décent. Les écarts salariaux et la déconstruction des stéréotypes en font partie.

Chez Genève Aéroport, l’analyse interne de l’égalité salariale, validé par notre auditeur des comptes, a démontré que l’écart était de moins d’ 1%. Si, globalement, Genève Aéroport compte, à travers ses différents métiers, 70% d’hommes et 30% de femmes, la direction générale est désormais paritaire. Autre signe d’une évolution vers la parité : les métiers de la technologie de l’information ont doublé leur effectif féminin ces dernières années.

L’actualité aéronautique vient de donner un signal en ce sens : Nathalie Stubler était CEO de Transavia France jusqu’en janvier 2023 et Air France/KLM est dirigée par la Néerlandaise Marjan Rintel depuis juillet 2022. A l’autre bout du monde, Vanessa Hudson a pris les commandes de la compagnie aérienne australienne Qantas à l'automne dernier. Elle succède à Alan Joyce, ouvertement homosexuel. Deux aspects, le genre et l’orientation sexuelle, qui font partie de l’inclusion et de la diversité.

Auteur

Marion Emonot