Les passagers ne sont pas les seuls à voyager à l’aéroport de Genève. Chaque jour, des tonnes de marchandises transitent dans la halle du fret. Loin des regards, une chaîne logistique discrète s’active pour acheminer ces biens dans des conditions très contrôlées.

« Le fret aérien est un pilier stratégique pour l’économie suisse. Plus de 90’000 tonnes de marchandises sont passées par le site aéroportuaire en 2025 », explique Saskia Theuvenin, cargo operations officer à Genève Aéroport. « Ces produits, transportés dans les soutes des avions de ligne, contribuent aussi à la rentabilité des compagnies aériennes ».

Reflet de l’économie régionale, les produits chimiques et les biens de valeur constituent, entre autres, les principaux volumes exportés depuis Genève. Découvrez ici deux spécificités du fret genevois : le transport de matières dangereuses et le transport humanitaire.

Matières dangereuses : une logistique sous haute vigilance

Particularité genevoise, un volume important de matières dites dangereuses passe par la plateforme.
« Cette qualification peut faire peur, mais en fait 99% de ces produits sont classés parmi les matières peu dangereuses. Il s’agit principalement d’arômes, de parfums, d’exhausteurs de goût qui doivent être stockés dans des conditions bien précises car parfois inflammables », explique Didier Ferard, chef du département Cargo chez DNATA.

En effet, leur transport est strictement encadré par des réglementations internationales, notamment IATA. Dans la halle du fret, chaque envoi est contrôlé, identifié et manipulé par des collaborateurs qui sont tous formés spécifiquement aux matières dangereuses.

Les marchandises sont conditionnées selon des normes rigoureuses, étiquetées clairement et stockées dans des zones dédiées avant leur acheminement. « Le stockage respecte des règles strictes de ségrégation. Compte tenu de risques potentiels d’interactions, certains envois de matières dangereuses ne peuvent pas être stockés ni être chargés ensemble », précise Didier Ferard.

La moindre anomalie sur un colis peut entraîner un refus de transport. Cette rigueur permet de garantir la sécurité des passagers et du personnel au sol.

Transport humanitaire : au cœur de l’urgence

Autre spécificité de Genève Aéroport : le transport de produits humanitaires. Médicaments, vaccins, tentes, couvertures de survie : ces marchandises doivent être acheminées dans des délais très courts, souvent vers des zones de crise ou difficiles d’accès. « Notre plateforme est reconnue pour son expérience dans le domaine. Le cargo humanitaire a ses propres spécificités : des gros volumes et des décisions de dernière minute, ce qui exige une grande flexibilité opérationnelle », relate Didier Ferard.

Les équipes collaborent étroitement avec des ONG ou des organisations internationales du type CICR pour assurer des délais rapides et une chaîne logistique fiable. Guerre à Gaza, séisme en Turquie, ou crise Covid sont autant d’événements durant lesquels le fret de l’aéroport a été sollicité ces dernières années.

« Durant la crise Covid, les seuls avions sur le tarmac étaient ceux transportant des marchandises. Dans certains appareils, les cargaisons de masques ou de gel hydroalcoolique étaient même installées sur les sièges passagers », se rappelle Saskia Theuvenin.

LE FRET EN CHIFFRES

En 2025, le tonnage annuel du fret traité à Genève Aéroport s’est élevé à 94’337 tonnes, contre 90’696 tonnes en 2024 (+4%). Le fret postal s’est contracté (-10,8%) avec un trafic traité de 1’711 tonnes. En additionnant le fret postal, 96’047 tonnes ont été traitées à Genève.

Les parts de marché par compagnies aériennes ont été dominées par le trio Emirates (31,3%), Swiss (9,6%) et Air China (9,3%).

Sur le segment des courriers express (+1,2%), DHL Express a consolidé sa position de leader du marché avec une part de 82,5% suivi par FedEx (9,6%) et UPS (7,9%). Les flux à l’export ont représenté 50,3% du trafic total vs 49,7% pour les flux à l’import.

ANNE-ELISABETH CELTON